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Héééé oui. Ce blog est aussi triste et morne qu’un long hiver tout gris sur la plaine de Paris. Alors histoire de se faire frissonner la rétine, on va chausser nos plus belles lunettes de cagole parisienne, ajuster son slim et ses Louboutins, ressortir le petit top à paillettes du jour de l’an quitte à se peler le miches, recouvrir ses épaules d’une veste en cuir chic-tellement-chic-le-cuir, puis on va s’en aller tortiller du déhanchoir à Passy.

Dans nos rêves les plus fous, avec le soleil : dégaine l’appli éventail sur ton iPhone à strass, bébé !

Tout commence avec le joli parc de Passy, celui qui est entouré d’appartements hypra-modernes avec de larges terrasses que même dans nos rêves les plus fous, on sait qu’on n’y accédera jamais. Calme, fleuri, avec des allées bordées de bancs occupées par les nounous du quartier en charge de futurs énarques, médecins ou autres cadres supérieurs en culottes courtes. Après ce passage dans ce havre de paix, direction la rue Berton, connue pour avoir hébergé Balzac.

La rue se camoufle bien, ne la manquez pas ! Les pavés absolument inadaptés au port de talons (navrée, mais faut mériter son statut) vous guideront devant la jolie maison verte, que vous verrez bien mieux un peu plus tard en rejoignant la rue Raynouard. Mais ce passage rue Berton vous permettra de remarquer que l’Honoré disposait d’un portail en bas, et d’un autre en haut de la propriété. Car l’écrivain n’était pas du genre à faire copain-copain avec les inspecteurs des impôts et autres créanciers auprès de qui il était endetté. Du coup, si l’on sonnait d’un côté… il s’échappait de l’autre.

Toujours sur la rue Berton (oui oui, avant de rejoindre la rue Raynouard, si vous êtes perdus référez-vous à la carte en bas de ce post : youpi, un itinéraire est tracé !), donc je disais : toujours sur la rue Berton, vous croiserez également le cabinet d’architecture des frères Perret, reconnaissable à cette grande baie vitrée. Les frères Perret sont à l’origine des premiers édifices en béton armé dans la capitale. Un jour, peut-être, y’aura t’il un post sur l’une de leurs oeuvre (le pire, c’est que j’ai déjà ça en stock).

Hop hop hop ! Sautillez gaiement sur vos escarpins en tachant d’éviter la grimace, et depuis la rue Raynouard, piquez rue Chernoviz en direction de la fantastique, sublimissime rue de Passy ! Au passage, ne manquez pas de lever les yeux pour observer cette série d’immeubles Art-déco, avec coupoles et autres ornements qui peuplent le quartier. Et c’est maintenant que votre talent doit atteindre son apogée. La démarche lascive, les lunettes de mouche délicatement déposées sur l’extrême bout du nez, la moue boudeuse, léchez les vitrines (au sens figuré, hein). Et ne manquez pas au passage cette toute petite impasse absolument magnifique :


A vous de trouver où elle se trouve sur le parcours… puis reprenez votre lèche-vitrine en direction de la place de Costa Rica. C’est ici que cette courte balade s’achève, non sans rester un moment circonspect devant la coupole qui se dresse en face de la rue de Passy :

Mais pourquoi diable faire un micro-observatoire au sommet ??? (si c’est un observatoire, ce n’est qu’une supputation) Si quelqu’un a la réponse, je lui décerne la palme du meilleur supplément crânerie !

En attendant… un *autre* Supplément crânerie : Passy a longtemps attiré les foules pour ses thermes. Jusqu’au début du XXe siècle, beaucoup se rendaient dans ce village qui n’était pas encore annexé à Paris pour son eau ferrugineuse, qui avait la réputation de guérir l’anémie. Lavoisier, Franklin, Boileau (ah ah, Bois-l’eau. ah ah.) étaient de ceux-là, et l’on vendait même cette eau en bouteille chez certains apothicaires ! Il reste aujourd’hui une fontaine, elle se trouve plus au nord dans le square Lamartine et voit encore défiler de nombreux habitués.

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Encore une adresse tout au bout du monde ! Euh… de Paris !

Mais ce petit coin de paradis vaut bien le détour. Il s’agit de la Cité Florale dans le 13e arrondissement, un petit îlot à quelques pâtés du parc Montsouris, collé à la place de Rungis.

Ce tout petit quartier a plus que des airs de village… pas de voitures, des placettes, des pavés et des vélos accrochés aux grilles, plus quelques gamins qui tapent le ballon au milieu de la rue.

Le nom des rues est digne du guide Truffaut du parfait jardinier : rue des Liserons, des Glycines, des Volubilis, des Orchidées, des Iris…

Mais alors… pourquoi ces maisonnettes et cette verdure ici, précisément ? S’interrogeront les p’tits futés. Eh bien parce qu’ils ne pouvaient pas construire des bâtiments lourds sur ce triangle, pardi ! Sinon, on aurait encore eu droit à de l’immeuble en brique, art-déco ou les deux, comme ça se faisait dans le quartier dans les années 1920. En fait, ce triangle se situe sur un méandre de la Bièvre, une rivière qui rejoignait la Seine avant qu’on ne lui construise un passage souterrain. Lorsque cette zone a été remblayée, seules des constructions légères pouvaient être supportées, on était en 1928.

C’est beau hein… Allez, consolez-vous : le métro est suuuper loin, ça vaudrait vraiment pas le coup de vivre là bas ! (on y croit)

Supplément crânerie : Ces anciens prés inondés par la Bièvre étaient complètement gelés en hiver. Du coup, les habitants récoltaient la glace pour la vendre dans les quartiers huppés… D’où le nom du quartier « Glacière », et de la station de métro !

Alors oui, je le conçois, c’est rageant. D’une, elle ne met pas son blog à jour pendant deeees semaines, et bien sûr les semaines les plus ensoleillées de l’année, et de deux, quand elle revient, c’est pour exhiber un mec en slip qui se dore la pilule sous le soleil d’octobre. Vous l’apprenez peut-être mais oui et re-oui, la vie est in-juste.

Il n’empêche. Une balade dans le parc Georges Brassens, tout là-bas là-bas perdu au fond du 15e, ça vaut le détour. Déjà, parce qu’on peut y admirer des maillots de bains rigolos. Mais aussi parce que l’étang, la fontaine, les jeux, le jardin, l’ancienne halle aux chevaux… tout cela vaut le détour.

Ce parc a été aménagé au sur l’ancien emplacement des abattoirs de Vaugirard, où des bêtes furent décanillées durant 80 ans -jusque dans les années 1970. Et auparavant, il y avait là des vignes de pinot noir. D’ailleurs, si vous cherchez bien, vous trouverez un petit lopin de terre où les élèves des écoles du coin viennent vendanger à l’automne. Il font même plus que ça : ces petits veinards peuvent observer les ruches qui se cachent dans un recoin. Les adultes eux, doivent attendre la fête du miel pour visiter le rucher, elle a généralement lieu le premier ou le deuxième week-end d’octobre.

Ce qui est génial dans ce parc, c’est qu’il y en a pour tous les goûts : des super jeux pour les petits, des aires de pique-nique en veux-tu en voilà, une colline artificielle pour jouer aux grimpeurs, et même un jardin des senteurs où poussent des herbes aromatiques et une roseraie. Pour ces deux dernières attractions, mieux vaut repasser en été (ô monde cruel).


Bref, les animations ne manquent pas dans le quartier, et figurez-vous… que ce n’est pas fini ! Parce qu’au niveau des anciennes halles du marché aux chevaux, vous trouverez tous les week-ends des marchands de livres grâce à qui vous pourrez compléter votre collection d’Harlequins Madame, votre collection de SAS Monsieur (j’aime les clichés, et en fait il y a bien mieux que ça sur les étals).

Et vraiment, ce parc est un endroit idéal pour y passer un chouette dimanche (d’autant plus qu’il y a des petits bistroquets qui ont l’air bien sympas autour).

Supplément crânerie : Posez la question, nonchalamment, à vos interlocuteurs… « mmm… et toi, tu savais qu’il y avait un phare à Paris ? mmmoui oui, un phare pour les bateaux… » Non, ceci n’est pas un plan afin de vous ridiculiser auprès de vos amis ! Emmenez-les jusqu’au bout de la rue des Morillons, au niveau des rails du train (zoomez sur la carte là-dessous pour visualiser) Vous tomberez sur… ça !

Supplément crânerie bis (n’en jetez plus) : Et vous savez quelle célèbre institution a élu domicile au 36 rue des Morillons ? Le service des Objets trouvés ! Il paraît que Karl Zéro, Aimé Jacquet et Richard Bohringer sont des étourdis habitués des lieux… Une autre personnalité porte certainement ce service un peu désuet dans son coeur… un homme trouva un jour dans la rue un petit calepin rempli de notes, de poèmes, d’idées… Après l’avoir feuilleté, il se dit qu’il avait l’air sacrément précieux et le déposa aux Objets trouvés. Quelques jours après, ce monsieur appela le service : « ça y est, je sais à qui appartient le carnet ! Hier j’ai vu l’acteur Didier Bourdon à la télé, et il racontait le scénario sur lequel il travaillait : c’était exactement ce que j’ai lu dans le carnet ! » En effet, Didier Bourdon en était bien le propriétaire… Il fut fort ému de retrouver ce petit calepin tout corné qui le suivait depuis des années !

C’est un véritable pan de l’Histoire de France qui se cache dans cette petite jungle tout à l’Est du parc de Vincennes. Collé contre Nogent sur Marne, le Jardin Tropical ne fait rien pour se rappeler au bon souvenir des passants. Discret, peu mis en valeur, ses friches laissent l’esprit vagabonder dans les décennies pour imaginer 1907.

1907, année de l’exposition coloniale : le jardin et ses quelques 4,8 hectares, qui servait jusqu’ici à améliorer la productivité des bananiers, caféiers et autres arbres à caoutchouc de nos colonies, devient un véritable parc d’attraction.

Six villages sont reconstitués : non pas Fantasyland, Discoveryland, Adventureland et Frontierland comme à Disney bien que cela y ressemblât cruellement, mais un campement Touareg, une ferme soudanaise, des villages indochinois, malgache, congolais et de l’ethnie Kanak de Nouvelle Calédonie prennent place dans le parc. Pour que tout cela fasse plus « vrai », des hommes de chaque ethnie furent directement importés des colonies pour jouer leur propre rôle devant les 2 millions de visiteurs qui viendraient les scruter comme on le fait aujourd’hui des singes en cage au zoo.

Gros succès à l’époque… mais aujourd’hui, le pays semble quelque peu gêné aux entournures de ce passé plus si glorieux, vu d’ici.

Hormis quelques bambouseraies, les plantations exotiques ont toutes disparu pour laisser place à une végétation locale plus classique. Mais quelques statues ont traversé le siècle sans trop de difficulté et ne se lassent pas de surprendre les visiteurs qui ont réinvesti les lieux depuis 2005.

Pour autant, la majorité des pavillons construits à l’époque sont en ruine (sauf le pavillon Indochinois qui a eu droit à quelques retouches), et les serres maintiennent au chaud les racines de quelques noisetiers qui ont trouvé l’endroit à leur goût, quitte à traverser les verrières pour s’étendre !

Supplément crânerie : Après l’expo coloniale, le site est resté sur sa lancée puisque durant la 1ère Guerre Mondiale, il fut transformé en hôpital pour les troupes coloniales. Pour ne pas encombrer les hôpitaux destinés aux « vrais » français ? (tiens tiens, ça me rappelle le discours politique actuel… à peine transposé !)

Truc utile : l’entrée se situe au 45 bis avenue de la Belle Gabrielle. Si vous arrivez par le métro, sachez qu’il faut environ 30 minutes de marche pour atteindre l’entrée du Jardin tropical depuis la station Château de Vincennes. Idéal pour un petit pique-nique d’été !

Ils ont régné sur la capitale pendant 60 ans mais aujourd’hui, ce sont plutôt des vestiges du passé que l’on tente de sauvegarder : les passages couverts. Entre la rue de Turbigo et la rue Montorgueil, deux beaux passages se succèdent. En arrivant depuis la rue de Turbigo (après avoir visité, par exemple, le Passage de l’Ancre), deux cariatides vous accueilleront. Pour les ignares (mais comme disait Bill Watterson, l’idiotie n’est-elle pas l’essence des hommes ? ahem, je m’égare) bref, les cariatides sont ces femmes qui retiennent un toit ou un balcon rien qu’avec leur tête et sans aide des mains (que celui qui trouve d’où est tirée la citation ci-dessus me laisse un commentaire, le premier à trouver aura droit à un exemplaire des Jeux de piste à Paris !)

Même si ça ne saute pas aux yeux, ces deux cariatides sont des allégories du commerce et de l’industrie. A gauche, la roue crénelée et le marteau laissent deviner l’industrie, et ce sont l’ancre et les paquets qui trahissent le commerce à droite. A l’intérieur, ne manquez pas le baromètre… fouillez !

Vers la fin du XVIIIe siècle, quand ils éclosent sur la rive droite de Paris (là où se concentrait l’activité), les passages abritent des commerces de luxe, de mode, des salles de spectacle et des cafés. Il y en a eu plus d’une centaine en tout, aujourd’hui il en reste une quinzaine, que la Mairie de Paris tente de sauvegarder. Pas évident, puisque ces passages sont privés. Mais la plupart sont aujourd’hui inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Les toits vitrés qui symbolisent ces passages servent à protéger le riche passant des aléas du temps, histoire de ne pas bousiller le vison de Mâdâme. Et si le verre a été choisi, c’est bien sûr pour la luminosité. La plupart des passages ont des toits de verre en deux pans. Le passage du Bourg-l’Abbé est une exception, avec sa forme arrondie.

L’autre extrémité du passage du Bourg-l’Abbé débouche sur la rue St Denis, et presqu’en face, vous trouverez le passage du Grand Cerf. Majestueux, c’est celui qui décroche la palme du plus haut passage de Paris : la verrière a été érigée à 11,80 mètres du sol. En tout, il y a trois étages, il paraîtrait même que les logements du dernier étage sont aujourd’hui des HLM. Ce passage date de 1825, il a été construit en lieu et place de la maison du « roulage du Grand Cerf », qui était en fait le terminus des diligences des Messageries Royales pour l’Est de la France. L’emplacement est idéal : situé en plein cœur du quartier Saint-Denis, le plus populaire de Paris qui concentrait énormément d’industries, le passage du Grand Cerf verra passer du monde sous sa verrière.

Après quelques années d’abandon où les lieux se dégradent, le long et étroit couloir de 3 mètres de large est rénové avec soin à la fin des années 1980. Ses atours historiques sont soigneusement préservés et aujourd’hui, les plus belles boutiques s’y côtoient. C’est véritablement l’un des plus jolis passages de Paris…

Truc utile : Comme il s’agit de voies privées, les passages ont des horaires d’ouverture : 7h30-19h30 pour le passage du Bourg-l’Abbé, 8h30-20h pour le passage du Grand Cerf.

Supplément crânerie : Aragon appelait ces petits centres commerciaux des « aquariums humains »… que dirait-il des centres commerciaux que nous côtoyons aujourd’hui ! Des cages simili-dorées ?

La Maison ronde, temple de la radio, ex-« Voix de la France » (dixit le président Pompidou au sujet de l’ORTF), est certainement l’une des rares raisons pour lesquelles il arrive au parisien de mettre un pied dans le 16e arrondissement.

Il faut dire, la maison nous gâte en concerts : plus de 200 évènements sont organisés chaque année, dont environ 150 sont gratuits. Dans le lot, beaucoup de musique classique, mais aussi du jazz et des nouveaux talents. Il n’existe aucun moyen de connaître l’agenda de tous les concerts organisés, que ce soit à travers une émission de radio ou par « les concerts de Radio France » (hors émission), et c’est vraiment dommage. Mais voilà une petite liste pour tenter de ne pas louper la soirée qui vous fera vibrer :

– La série Jazz sur le vif, une émission publique de France Musique, enregistrement deux samedis par mois à 17h30 ;

– D’une Rive à l’autre, autre émission publique de France Musique qui enregistre tous les jeudis à 12h30 depuis le Petit Palais. Des musiciens et artistes actuels expliquent, lors d’un petit concert, leur lien à certains grands compositeurs ;

– Les Concerts de Radio France, de la musique classique, certains sont payants, d’autres pas, mais au moins pour ceux-là il existe un agenda ;

– Les Black sessions du fabuleux Bernard Lenoir, sur France Inter (concerts rock à programmation aléatoire) ;

– Le Pont des Artistes d’Isabelle Dhordain, sur France Inter, fait se croiser des jeunes et moins jeunes artistes, pour de belles discussions entre eux et des sessions live. C’est enregistré tous les mercredis soir ;

Il en manque certainement d’autres, que j’ajouterais volontiers si vous me les indiquez !

Hey, what the f*ck ? Mais oui, c’était bien THE Gonzo, Gonzales, le roi du peignoir, celui qui débarque sur scène avec ses charentaises et un vieux pilou pilou ! C’était une spéciale de l’émission Hors Champs présentée par Laure Adler sur France Culture, un concert dont j’ai appris l’existence par hasard sur facebook.

Truc utile : Comme il est précisé à chaque fois, « entrée libre dans la limite des places disponibles », autrement dit, on vous demande de venir 1h30 avant le début de l’émission, d’attendre longuement debout (dehors, souvent) avant d’obtenir peut-être un ticket pour le concert tant espéré ! Be patient, c’est tout ce que je peux vous dire… Parfois, il est possible de s’inscrire à l’avance par mail ou par téléphone, mais vous devez quand même faire la queue ! Et en-dehors des concerts, quelques émissions sont présentées en public (comme l’incontournable Fou du Roi) : c’est exactement le même système. Pour le Fou du roi, un conseil… allez-y très, très tôt !

Supplément crânerie : Vous savez d’où il sort, ce logo Radio France ? Remontez à la première photo de ce post… trouvé ! c’est la forme de la Maison Ronde !

C’est un tout petit coin où personne ne passe jamais, alors que la foule se presse tout autour, notamment aux Halles et au Centre Pompidou : le Quartier de l’Horloge a raté sa vocation.

Lorsque les quartiers des Halles et de Beaubourg sont complètement rénovés dans les années 1970, les décideurs tirent des plans sur la comète : les Halles se veulent novatrices (fail), le Centre Pompidou compte au final autant d’admirateurs que de détracteurs, et le quartier de l’Horloge, avec ses logements neufs où vérandas et balcons sont sensés enjoliver la vie des habitants, devait attirer les boutiques luxueuses dans son passage, et donc le chaland. Bref, l’endroit se voulait « zen et branché ». Disons que les concepteurs n’avaient pas vraiment anticipé l’engouement que susciterait le Centre Pompidou, autrement dit la venue quotidienne de hordes de touristes pas toujours zen, ni forcément axés branchitude.

Et donc, le quartier est… raté. Il n’y a pas un chat dans ce tout petit coin. Au point que le Passage de l’Horloge, dont il reste un résidu à l’entrée de cet immeuble et de l’autre côté de la rue, a complètement disparu, gobé par un improbable Leroy Merlin. Le coin se défraîchit peu à peu, même l’automate a arrêté de se battre.

Dans sa jeunesse, le bonhomme dégainait son épée toutes les heures pour se battre tour à tour avec le dragon, l’oiseau et le crabe, puis combattait les trois à midi et à 18h pile. Dommage, quand l’automatisme a rendu l’âme, personne n’a cherché à le réparer. Pourtant, l’œuvre réalisée par Jacques Monestier ne date que de 1979, ça ne doit pas être sorcier à dépanner, non ? La raison de cet abandon réside certainement dans le fait que ce quartier est… privé. Etrange choix fait au départ que de privatiser une zone ouverte au public. Peut-être que les premiers propriétaires se voyaient déjà à la tête d’un trésor issu des baux commerciaux du passage de l’Horloge ? Reste qu’aujourd’hui, hormis une librairie spécialisée dans la BD, on y trouve surtout des pizza-coco et autres photocopieurs professionnels.

D’où la dégradation du quartier… beaucoup de propriétaires ont revendu leur bien pour échapper à des charges de copropriété astronomiques. Aujourd’hui, les habitants tentent de rendre cet espace public en négociant avec la ville de Paris.

Supplément crânerie : avant sa destruction pour insalubrité en 1966, ce petit quartier était le repère de nombreuses boutiques de bonneterie et de merceries. (ça vous épate hein ?)

Ils sont toujours là, quelques-uns à attendre l’embauche sur la place du Caire : les Pakistanais et leurs diables. Les grossistes arrivent, en réquisitionnent un ou deux, et c’est parti pour un déchargement de rouleaux de tissus ou de vêtements. C’est la vie du Sentier, quartier caractéristique de Paris où les nationalités se sont succédées. Les Pakis pour le convoyage de marchandise, les Chinois pour les magasins de gros, avec les Juifs du Bosphore et de Salonique, les Turques, les Yougoslaves et les Africains.

La confection, sa poussière, le bruit caractéristique des machines dans les étages et la main d’œuvre illégale des années 80 se sont raréfiés pour être remplacés par le prêt-à-porter. Les petites mains restent au pays, et envoient leurs colis au Sentier sans y mettre les pieds : c’est moins cher.

Comme partout dans Paris, l’histoire se superpose : le couvent de bonnes sœurs qui se trouvait ici au Moyen-âge, est remplacé par des habitations et par le Passage du Caire à l’époque des grandes épopées Napoléoniennes -dont le nom et la façade au-dessus de l’entrée du passage, au niveau de la Place, sont d’ailleurs directement inspirés des exploits de Bonaparte.

Le passage du Caire remplit une fonction précise : on y trouve tous les accessoires, portiques, mannequins, sacs, étiquettes… Un vrai barnum, un concentré de Sentier, en somme !

Supplément crânerie : Il resta longtemps une trace du couvent des Filles-Dieu… le dallage du passage du Caire était fait avec les pierres tombales du couvent ! Dommage, il est aujourd’hui recouvert…

Sur ce point, il semble bien que les parisiens sont unanimes : les Halles, c’est un échec. Le centre commercial ? bondé. Le jardin ? vide à en effrayer les pigeons. Cette version du « Ventre de Paris » (dixit Monsieur Zola) ne séduit pas, on peut même dire qu’elle rebute. Et pourtant… 800.000 parisiens et banlieusards passent ici chaque jour, 18 mètres sous terre, pour emprunter le métro ou le RER. Quant à la foule dans les couloirs du centre commercial… en période de soldes, à Noël… toutes les excuses du monde sont valables pour échapper à ça.

Celui qui est à l’origine de ce cuisant échec est l’homme politique que les Français adulent si soudainement, dont ils s’arrachent le livre, celui dont ils parlent tendrement comme on le ferait d’un grand-père un peu sénile, qui commence déjà à nous manquer… c’est cela même, c’est Chirac.

Quand le marché de gros quitte les Halles dans les années 1970, après 8 siècles passés à nourrir tout ce que Paris comptait de bouches, ce sont 12 pavillons « Baltard » (du nom de leur architecte) qui trônent ici, vidés de leur substance. Immenses halls couverts en charpentes de fer vitrées, ils sont tous détruits, sauf un, démonté et reconstruit à Nogent-sur-Marne. Aujourd’hui, le rescapé accueille de « grands évènements artistiques ». Si si, vous voyez… oui c’est ça, la « Nouvelle Star » par exemple.

Et donc, la destruction. Les Halles ne sont plus qu’un trou béant, un immense rien durant de longues années. Le président de l’époque, Valéry Giscard (de son vrai nom, point de d’Estaing à l’horizon), imaginait une place monumentale en forme d’ellipse, mais le conseil municipal s’y opposa. Rien de bien surprenant quand on connaît les relations électriques qu’entretenaient Giscard et le tout premier maire de Paris, Chirac, après qu’il eut démissionné de son poste de 1er ministre. L’Etat finit donc par se retirer du projet au profit de la ville de Paris. Chirac, 1 – Giscard, 0.

L’architecte Bofill, qui avait tout de même démarré les travaux, vit son chantier rasé (qui vient de dire « gaspillage » dans le public ? mmm ?) et fut remplacé illicottement par Chirac lui-même, qui clama bien haut « l’architecte en chef des Halles, c’est moi » (et oui, il ne pouvait pas encore brailler « l’Etat, c’est moi »). C’est donc ce bon vieux papy de Chirac qui nous pondit l’horreur, le nombril parisien, celui qui, quand on y met un doigt, nous avale tout cru comme un sable mouvant.

Lecteurs, lectrices, réjouissez-vous. En 2016, plus rien de tout cela n’existera. Ni champignons de fer, ni cascades de verre, ni même jardin délaissé. Comme Bertrand Delanoë est un gars poli, il explique que plus de 20 ans après son achèvement, « le complexe des Halles souffre de saturation et de dysfonctionnements » qui ont provoqué « un vieillissement précoce du cadre urbain et de ses édifices ».

Dans les faits, voilà ce que l’on pourra voir à la place des cascades de verre. Les architectes Patrick Berger et Jacques Anziutti ont remporté le concours en proposant d’aménager une Canopée, ce grand toit translucide aux formes souples. Adieu, trou béant… Les travaux commencent en ce début d’année par le jardin et la Canopée ; le tout devrait être livré en 2013. En 2011, ce sont les travaux sur la voirie souterraine qui débuteront, puis en 2013 viendra le tour des travaux de réaménagement des transports en commun (métro et RER).

La Canopée sera donc ouverte, elle laissera apercevoir la Bourse du Commerce depuis la rue Pierre Lescot. Depuis le jardin, c’est une sorte de grande esplanade qui glissera vers l’intérieur, sous forme de trois (très très) grandes marches. Cet élément fait penser à l’esplanade du centre Georges Pompidou, qui avait été pensée comme un lien entre la ville et l’art. Ici, entre le jardin et le brouhaha des Halles… brouhaha qui -soit dit en passant- devrait être atténué par la nouvelle infrastructure.

Vues depuis la Bourse du Commerce, les Halles se fondent dans le paysage urbain. Alors certes, point d’ellipse, mais quand même… on peut dire que Giscard a vu sa revanche arriver, allez : 1 partout !

Truc utile : une exposition complète se tient à l’entrée des Halles du côté de la rue Lescot, détaillant le projet sous tous ses angles, l’histoire du site, les chiffres, les modifications apportées et le pourquoi de ces changements… des intervenants peuvent également répondre aux questions des visiteurs. A voir !

7ème arrondissement, 5bis rue de Verneuil.

Serge, peintre et compositeur, est fou amoureux de l’icône de la décennie, initiales B.B. Depuis 1967, ces deux-là s’aiment d’amour tout en continuant à se vouvoyer, même si Brigitte Bardot est mariée au milliardaire Gunther Sachs. Le couple illégitime se retrouve chez elle, avenue Paul Doumer. Lui veut un endroit plus discret. Il a déjà repéré la maison de la rue de Verneuil, il l’emmène la visiter, l’agent immobilier comprend qu’il est face à une situation fantastique et chasse les autres visiteurs d’un « elle est déjà vendue ».

Gainsbourg l’appelait « mon hôtel particulier », même si derrière le mur se cachaient de vieilles écuries. L’appartement est transformé en duplex, le noir y trouve sa place avec classe et mystère. Pendant ce temps, le compositeur crée des chansons pour sa muse, jusqu’au fatal « Je t’aime moi non plus ». Décadent, sensuel, sexuel, le titre fait un scandale lors de son unique passage en radio. Gunther rappelle sa femme à l’ordre, il profite d’un tournage en Andalousie pour la rejoindre et la reconquérir, la belle Bardot demande à Serge de stopper la sortie du disque et rompt avec lui. Les bobines finissent au coffre fort, il promet de ne jamais réenregistrer le titre avec qui que ce soit. Parole qu’il ne tiendra pas : en 1969, Jane prend la place de Brigitte et la chanson renaît. B.B. est triste, mais elle sait que c’est dans l’ordre des choses. Finalement, sa version à elle sortira dans les bacs bien plus tard, en 1986.

La maison ? Lors de la rupture, Serge décide de ne pas l’habiter. Il préfère l’hôtel, une chambre envahie de la présence de Bardot : cartes, portraits… il vit dans son souvenir. Il est encore à l’hôtel lorsqu’il tourne un film avec une jeune anglaise qui ne parle pas un mot de français. Lui espérait tourner ce film, « Slogan » (de Pierre Grimblat) avec Marisa Berenson. Du coup la petite, il la fait morfler, il n’en veut pas. Le tournage tourne au désastre, jusqu’à ce que Pierre Grimblat imagine une ruse pour réconcilier ses deux acteurs. Il leur donne rendez-vous au restaurant, mais lui n’arrivera jamais. Tête à tête forcé entre les deux, Gainsbourg arrête de faire sa tête de chou, il se laisse atteindre par la belle Birkin.

Quand leur histoire devient sérieuse, c’est elle qui propose d’emménager rue de Verneuil. Ils y vivront une dizaine d’années, auront Charlotte ensemble, puis Serge ne saura pas garder sa belle. Elle fuit, il se retrouve seul dans son duplex à la décoration si soignée. Chaque bibelot a sa place, il arrange, peaufine, il aime tellement ce lieu qu’il en fera déjà un musée de son vivant. Puis il déménage définitivement en 1991 en laissant Bambou et Lulu, derniers compagnons de route.

Charlotte Gainsbourg a d’abord voulu ouvrir un musée dans la maison de son père. Elle a commencé par régler les problèmes de paperasses, rachetant les autres parts des ayants-droit (Gainsbourg avait, en-dehors de Charlotte et Lulu, deux autres enfants de son tout premier mariage), frappant aux portes des différents ministres de la culture, Lang, Toubon… En 2001, la mairie de Paris entame sérieusement des démarches. Mais tous les projets tombent à l’eau. Derrière les volets, les meubles, les objets, tout est resté en place, paraît-il. Aujourd’hui, le projet de musée est abandonné. « Mon père appartient déjà tellement à tout le monde », répond Charlotte quand on lui demande pourquoi.

Alors nous, on a la façade. Elle, l’intérieur. C’est dans l’ordre des choses, après tout.

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