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Héééé oui. Ce blog est aussi triste et morne qu’un long hiver tout gris sur la plaine de Paris. Alors histoire de se faire frissonner la rétine, on va chausser nos plus belles lunettes de cagole parisienne, ajuster son slim et ses Louboutins, ressortir le petit top à paillettes du jour de l’an quitte à se peler le miches, recouvrir ses épaules d’une veste en cuir chic-tellement-chic-le-cuir, puis on va s’en aller tortiller du déhanchoir à Passy.

Dans nos rêves les plus fous, avec le soleil : dégaine l’appli éventail sur ton iPhone à strass, bébé !

Tout commence avec le joli parc de Passy, celui qui est entouré d’appartements hypra-modernes avec de larges terrasses que même dans nos rêves les plus fous, on sait qu’on n’y accédera jamais. Calme, fleuri, avec des allées bordées de bancs occupées par les nounous du quartier en charge de futurs énarques, médecins ou autres cadres supérieurs en culottes courtes. Après ce passage dans ce havre de paix, direction la rue Berton, connue pour avoir hébergé Balzac.

La rue se camoufle bien, ne la manquez pas ! Les pavés absolument inadaptés au port de talons (navrée, mais faut mériter son statut) vous guideront devant la jolie maison verte, que vous verrez bien mieux un peu plus tard en rejoignant la rue Raynouard. Mais ce passage rue Berton vous permettra de remarquer que l’Honoré disposait d’un portail en bas, et d’un autre en haut de la propriété. Car l’écrivain n’était pas du genre à faire copain-copain avec les inspecteurs des impôts et autres créanciers auprès de qui il était endetté. Du coup, si l’on sonnait d’un côté… il s’échappait de l’autre.

Toujours sur la rue Berton (oui oui, avant de rejoindre la rue Raynouard, si vous êtes perdus référez-vous à la carte en bas de ce post : youpi, un itinéraire est tracé !), donc je disais : toujours sur la rue Berton, vous croiserez également le cabinet d’architecture des frères Perret, reconnaissable à cette grande baie vitrée. Les frères Perret sont à l’origine des premiers édifices en béton armé dans la capitale. Un jour, peut-être, y’aura t’il un post sur l’une de leurs oeuvre (le pire, c’est que j’ai déjà ça en stock).

Hop hop hop ! Sautillez gaiement sur vos escarpins en tachant d’éviter la grimace, et depuis la rue Raynouard, piquez rue Chernoviz en direction de la fantastique, sublimissime rue de Passy ! Au passage, ne manquez pas de lever les yeux pour observer cette série d’immeubles Art-déco, avec coupoles et autres ornements qui peuplent le quartier. Et c’est maintenant que votre talent doit atteindre son apogée. La démarche lascive, les lunettes de mouche délicatement déposées sur l’extrême bout du nez, la moue boudeuse, léchez les vitrines (au sens figuré, hein). Et ne manquez pas au passage cette toute petite impasse absolument magnifique :


A vous de trouver où elle se trouve sur le parcours… puis reprenez votre lèche-vitrine en direction de la place de Costa Rica. C’est ici que cette courte balade s’achève, non sans rester un moment circonspect devant la coupole qui se dresse en face de la rue de Passy :

Mais pourquoi diable faire un micro-observatoire au sommet ??? (si c’est un observatoire, ce n’est qu’une supputation) Si quelqu’un a la réponse, je lui décerne la palme du meilleur supplément crânerie !

En attendant… un *autre* Supplément crânerie : Passy a longtemps attiré les foules pour ses thermes. Jusqu’au début du XXe siècle, beaucoup se rendaient dans ce village qui n’était pas encore annexé à Paris pour son eau ferrugineuse, qui avait la réputation de guérir l’anémie. Lavoisier, Franklin, Boileau (ah ah, Bois-l’eau. ah ah.) étaient de ceux-là, et l’on vendait même cette eau en bouteille chez certains apothicaires ! Il reste aujourd’hui une fontaine, elle se trouve plus au nord dans le square Lamartine et voit encore défiler de nombreux habitués.

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Encore une adresse tout au bout du monde ! Euh… de Paris !

Mais ce petit coin de paradis vaut bien le détour. Il s’agit de la Cité Florale dans le 13e arrondissement, un petit îlot à quelques pâtés du parc Montsouris, collé à la place de Rungis.

Ce tout petit quartier a plus que des airs de village… pas de voitures, des placettes, des pavés et des vélos accrochés aux grilles, plus quelques gamins qui tapent le ballon au milieu de la rue.

Le nom des rues est digne du guide Truffaut du parfait jardinier : rue des Liserons, des Glycines, des Volubilis, des Orchidées, des Iris…

Mais alors… pourquoi ces maisonnettes et cette verdure ici, précisément ? S’interrogeront les p’tits futés. Eh bien parce qu’ils ne pouvaient pas construire des bâtiments lourds sur ce triangle, pardi ! Sinon, on aurait encore eu droit à de l’immeuble en brique, art-déco ou les deux, comme ça se faisait dans le quartier dans les années 1920. En fait, ce triangle se situe sur un méandre de la Bièvre, une rivière qui rejoignait la Seine avant qu’on ne lui construise un passage souterrain. Lorsque cette zone a été remblayée, seules des constructions légères pouvaient être supportées, on était en 1928.

C’est beau hein… Allez, consolez-vous : le métro est suuuper loin, ça vaudrait vraiment pas le coup de vivre là bas ! (on y croit)

Supplément crânerie : Ces anciens prés inondés par la Bièvre étaient complètement gelés en hiver. Du coup, les habitants récoltaient la glace pour la vendre dans les quartiers huppés… D’où le nom du quartier « Glacière », et de la station de métro !

Alors oui, je le conçois, c’est rageant. D’une, elle ne met pas son blog à jour pendant deeees semaines, et bien sûr les semaines les plus ensoleillées de l’année, et de deux, quand elle revient, c’est pour exhiber un mec en slip qui se dore la pilule sous le soleil d’octobre. Vous l’apprenez peut-être mais oui et re-oui, la vie est in-juste.

Il n’empêche. Une balade dans le parc Georges Brassens, tout là-bas là-bas perdu au fond du 15e, ça vaut le détour. Déjà, parce qu’on peut y admirer des maillots de bains rigolos. Mais aussi parce que l’étang, la fontaine, les jeux, le jardin, l’ancienne halle aux chevaux… tout cela vaut le détour.

Ce parc a été aménagé au sur l’ancien emplacement des abattoirs de Vaugirard, où des bêtes furent décanillées durant 80 ans -jusque dans les années 1970. Et auparavant, il y avait là des vignes de pinot noir. D’ailleurs, si vous cherchez bien, vous trouverez un petit lopin de terre où les élèves des écoles du coin viennent vendanger à l’automne. Il font même plus que ça : ces petits veinards peuvent observer les ruches qui se cachent dans un recoin. Les adultes eux, doivent attendre la fête du miel pour visiter le rucher, elle a généralement lieu le premier ou le deuxième week-end d’octobre.

Ce qui est génial dans ce parc, c’est qu’il y en a pour tous les goûts : des super jeux pour les petits, des aires de pique-nique en veux-tu en voilà, une colline artificielle pour jouer aux grimpeurs, et même un jardin des senteurs où poussent des herbes aromatiques et une roseraie. Pour ces deux dernières attractions, mieux vaut repasser en été (ô monde cruel).


Bref, les animations ne manquent pas dans le quartier, et figurez-vous… que ce n’est pas fini ! Parce qu’au niveau des anciennes halles du marché aux chevaux, vous trouverez tous les week-ends des marchands de livres grâce à qui vous pourrez compléter votre collection d’Harlequins Madame, votre collection de SAS Monsieur (j’aime les clichés, et en fait il y a bien mieux que ça sur les étals).

Et vraiment, ce parc est un endroit idéal pour y passer un chouette dimanche (d’autant plus qu’il y a des petits bistroquets qui ont l’air bien sympas autour).

Supplément crânerie : Posez la question, nonchalamment, à vos interlocuteurs… « mmm… et toi, tu savais qu’il y avait un phare à Paris ? mmmoui oui, un phare pour les bateaux… » Non, ceci n’est pas un plan afin de vous ridiculiser auprès de vos amis ! Emmenez-les jusqu’au bout de la rue des Morillons, au niveau des rails du train (zoomez sur la carte là-dessous pour visualiser) Vous tomberez sur… ça !

Supplément crânerie bis (n’en jetez plus) : Et vous savez quelle célèbre institution a élu domicile au 36 rue des Morillons ? Le service des Objets trouvés ! Il paraît que Karl Zéro, Aimé Jacquet et Richard Bohringer sont des étourdis habitués des lieux… Une autre personnalité porte certainement ce service un peu désuet dans son coeur… un homme trouva un jour dans la rue un petit calepin rempli de notes, de poèmes, d’idées… Après l’avoir feuilleté, il se dit qu’il avait l’air sacrément précieux et le déposa aux Objets trouvés. Quelques jours après, ce monsieur appela le service : « ça y est, je sais à qui appartient le carnet ! Hier j’ai vu l’acteur Didier Bourdon à la télé, et il racontait le scénario sur lequel il travaillait : c’était exactement ce que j’ai lu dans le carnet ! » En effet, Didier Bourdon en était bien le propriétaire… Il fut fort ému de retrouver ce petit calepin tout corné qui le suivait depuis des années !

C’est un véritable pan de l’Histoire de France qui se cache dans cette petite jungle tout à l’Est du parc de Vincennes. Collé contre Nogent sur Marne, le Jardin Tropical ne fait rien pour se rappeler au bon souvenir des passants. Discret, peu mis en valeur, ses friches laissent l’esprit vagabonder dans les décennies pour imaginer 1907.

1907, année de l’exposition coloniale : le jardin et ses quelques 4,8 hectares, qui servait jusqu’ici à améliorer la productivité des bananiers, caféiers et autres arbres à caoutchouc de nos colonies, devient un véritable parc d’attraction.

Six villages sont reconstitués : non pas Fantasyland, Discoveryland, Adventureland et Frontierland comme à Disney bien que cela y ressemblât cruellement, mais un campement Touareg, une ferme soudanaise, des villages indochinois, malgache, congolais et de l’ethnie Kanak de Nouvelle Calédonie prennent place dans le parc. Pour que tout cela fasse plus « vrai », des hommes de chaque ethnie furent directement importés des colonies pour jouer leur propre rôle devant les 2 millions de visiteurs qui viendraient les scruter comme on le fait aujourd’hui des singes en cage au zoo.

Gros succès à l’époque… mais aujourd’hui, le pays semble quelque peu gêné aux entournures de ce passé plus si glorieux, vu d’ici.

Hormis quelques bambouseraies, les plantations exotiques ont toutes disparu pour laisser place à une végétation locale plus classique. Mais quelques statues ont traversé le siècle sans trop de difficulté et ne se lassent pas de surprendre les visiteurs qui ont réinvesti les lieux depuis 2005.

Pour autant, la majorité des pavillons construits à l’époque sont en ruine (sauf le pavillon Indochinois qui a eu droit à quelques retouches), et les serres maintiennent au chaud les racines de quelques noisetiers qui ont trouvé l’endroit à leur goût, quitte à traverser les verrières pour s’étendre !

Supplément crânerie : Après l’expo coloniale, le site est resté sur sa lancée puisque durant la 1ère Guerre Mondiale, il fut transformé en hôpital pour les troupes coloniales. Pour ne pas encombrer les hôpitaux destinés aux « vrais » français ? (tiens tiens, ça me rappelle le discours politique actuel… à peine transposé !)

Truc utile : l’entrée se situe au 45 bis avenue de la Belle Gabrielle. Si vous arrivez par le métro, sachez qu’il faut environ 30 minutes de marche pour atteindre l’entrée du Jardin tropical depuis la station Château de Vincennes. Idéal pour un petit pique-nique d’été !

On est d’accord. Le bateau-mouche, ça fait pas rêver. Mais un jour de beau temps (mmm… désolée d’évoquer cette époque révolue), avec un tout petit débardeur à bretelles très fines et un tube de monoï, on peut y trouver un avantage.

Autre avantage ? Celui d’apprendre à décrypter environ 4 autres langues après les commentaires en français. Oui, parce qu’il s’agit bien d’un enregistrement sans charme ni saveur en 5 exemplaires qui est balancé aux touristes par des hauts-parleurs mal réglés. Bon, une leçon de linguistique à 10€ de l’heure avec vue mouvante sur Paris, dit comme ça, ça en jette carrément plus !

Autant une visite sur la Tamise à Londres permet vraiment d’admirer les bâtiments historiques et d’apprécier la vue, autant, depuis la Seine, on voit tout un peu moins bien. Par exemple ici… la place de la Concorde. C’est bête, hein.

Il reste tout de même ces petits bouts de quai où viennent s’étendre les parisiens en quête effrénée de vitamine D. C’est bien la seule chose un peu originale que vous pourrez capter. Parce que bien souvent… la vue d’un bâtiment historique ressemblera à ça :

Mauvaise langue, moi ? Si peu… Allez, au moins un point de vue qui valait son pesant de touristes aux yeux bridés :

Supplément crânerie (tout ça pour ça…) : Savez-vous pourquoi les Bateaux Mouches se nomment ainsi ? Parce qu’il furent bâtis par un constructeur naval basé à Lyon, dans… le quartier de la Mouche ! Et pour promouvoir ses rutilants promène-touristes en 1950, Jean Bruel, à l’origine de l’activité, inventa un personnage : Jean-Sébastien Mouche, qu’il présenta comme le concepteur des Bateaux Mouches…

On ne peut pas tout à fait s’autoproclamer Bobo Parisien si l’on n’est pas allé déjeuner au Marché des Enfants Rouges. Ça va faire des déçus, mais on n’a rien sans rien.

Parce que se rendre au Marché des Enfants Rouges le premier jour de grand beau temps, quand tout le monde a la même idée que soi, ça demande un flegme rehaussé d’un poil de naïveté béate : En attendant de trouver une table qui se libère, il faut avoir de la ressource pour s’étonner et se réétonner (et se reréétonner) devant tous les stands.

A vrai dire, ce n’est pas trop dur… Et puis c’est plutôt sympa et bon enfant (ah ah) comme ambiance. On est quand même dans une place historique de Paris ! Le marché est le plus vieux de la capitale, il date de 1615. Au départ, il avait plutôt un air de ferme avec sa halle en bois, son puits et son étable, mais il a bien soulagé les habitants du quartier. Car au XVIe siècle, la ville s’arrête aux environs de la place de la République. La croissance démographique est forte, les maisons se mettent à pousser comme des champignons dans ce qui est aujourd’hui le Marais. Du coup, il faut un marché pour alimenter la population : c’est Louis XIII qui en prend l’initiative.

Aujourd’hui, point d’étable ni de puits, mais des marchands de légumes, de poisson, de photos anciennes, de fleurs, des bouchers… et beaucoup de petits restaurateurs de tous horizons : libanais, italien, marocain, afro-antillais et d’autres encore, sans compter l’Estaminet, le seul restau « en dur » du marché.

Ne vous arrêtez pas aux grilles que vous pouvez croisez dans ces lieux : en passant derrière et en fouillant un peu, vous trouverez un tout petit square avec quelques jeux d’enfants, et surtout un magnifique jardin associatif, tenu par des habitants du quartier. Loin du brouhaha du marché alors qu’ils sont pourtant à quelques mètres des premières tables, ces sacrés chanceux s’organisent des pique-nique entre collègues d’arrosoirs et accueillent volontiers le curieux qui désire jeter un œil à leurs magnifiques plantations.

Il y a un ou deux siècles, à la place du potager, il y avait une « vacherie » qu’on appelait aussi « Laiterie des Enfants Rouges » : les 12 vaches qui vivaient ici avaient la lourde tâche de procurer du lait à tout le quartier. Cette vacherie a existé jusqu’en 1914, avant d’être transformée bien des années plus tard en petit paradis pour Parisien en manque de verdure.

Y’a pas à dire, ils méritent vraiment le titre de « Bobos en chef ». Mes deux bacs à fleurs sur le rebord de la fenêtre m’ont fait pitié, d’un coup.

Et si le Marché des Enfants Rouges a fermé pendant 6 ans avant d’être rouvert en 2000, on peut dire que sa réhabilitation est plutôt réussie : bravo aux habitants du quartier qui ont milité pour ça…

Truc utile : Le marché se trouve très exactement au 39 rue de Bretagne ; il est ouvert du mardi au jeudi de 9h à 14h et de 16h à 20h, les vendredi et samedi de 9h à 20h, et le dimanche de 9h à 14h.

Supplément crânerie : Au départ, il s’appelait « Le Petit Marché du Marais », mais comme il grossit sous l’effet de la demande, le terme « petit » dégage fissa pour laisser place au « Marché du Marais du Temple ». C’est au XVIIIe siècle que les halles deviennent le « Marché des Enfants Rouges », en souvenir d’un orphelinat proche qui recueillait les enfants trouvés. Les gamins, pour qu’on les reconnaisse et en signe de charité chrétienne, portaient des habits rouges…

Ils ont régné sur la capitale pendant 60 ans mais aujourd’hui, ce sont plutôt des vestiges du passé que l’on tente de sauvegarder : les passages couverts. Entre la rue de Turbigo et la rue Montorgueil, deux beaux passages se succèdent. En arrivant depuis la rue de Turbigo (après avoir visité, par exemple, le Passage de l’Ancre), deux cariatides vous accueilleront. Pour les ignares (mais comme disait Bill Watterson, l’idiotie n’est-elle pas l’essence des hommes ? ahem, je m’égare) bref, les cariatides sont ces femmes qui retiennent un toit ou un balcon rien qu’avec leur tête et sans aide des mains (que celui qui trouve d’où est tirée la citation ci-dessus me laisse un commentaire, le premier à trouver aura droit à un exemplaire des Jeux de piste à Paris !)

Même si ça ne saute pas aux yeux, ces deux cariatides sont des allégories du commerce et de l’industrie. A gauche, la roue crénelée et le marteau laissent deviner l’industrie, et ce sont l’ancre et les paquets qui trahissent le commerce à droite. A l’intérieur, ne manquez pas le baromètre… fouillez !

Vers la fin du XVIIIe siècle, quand ils éclosent sur la rive droite de Paris (là où se concentrait l’activité), les passages abritent des commerces de luxe, de mode, des salles de spectacle et des cafés. Il y en a eu plus d’une centaine en tout, aujourd’hui il en reste une quinzaine, que la Mairie de Paris tente de sauvegarder. Pas évident, puisque ces passages sont privés. Mais la plupart sont aujourd’hui inscrits à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques.

Les toits vitrés qui symbolisent ces passages servent à protéger le riche passant des aléas du temps, histoire de ne pas bousiller le vison de Mâdâme. Et si le verre a été choisi, c’est bien sûr pour la luminosité. La plupart des passages ont des toits de verre en deux pans. Le passage du Bourg-l’Abbé est une exception, avec sa forme arrondie.

L’autre extrémité du passage du Bourg-l’Abbé débouche sur la rue St Denis, et presqu’en face, vous trouverez le passage du Grand Cerf. Majestueux, c’est celui qui décroche la palme du plus haut passage de Paris : la verrière a été érigée à 11,80 mètres du sol. En tout, il y a trois étages, il paraîtrait même que les logements du dernier étage sont aujourd’hui des HLM. Ce passage date de 1825, il a été construit en lieu et place de la maison du « roulage du Grand Cerf », qui était en fait le terminus des diligences des Messageries Royales pour l’Est de la France. L’emplacement est idéal : situé en plein cœur du quartier Saint-Denis, le plus populaire de Paris qui concentrait énormément d’industries, le passage du Grand Cerf verra passer du monde sous sa verrière.

Après quelques années d’abandon où les lieux se dégradent, le long et étroit couloir de 3 mètres de large est rénové avec soin à la fin des années 1980. Ses atours historiques sont soigneusement préservés et aujourd’hui, les plus belles boutiques s’y côtoient. C’est véritablement l’un des plus jolis passages de Paris…

Truc utile : Comme il s’agit de voies privées, les passages ont des horaires d’ouverture : 7h30-19h30 pour le passage du Bourg-l’Abbé, 8h30-20h pour le passage du Grand Cerf.

Supplément crânerie : Aragon appelait ces petits centres commerciaux des « aquariums humains »… que dirait-il des centres commerciaux que nous côtoyons aujourd’hui ! Des cages simili-dorées ?

Petite épopée que celle de trouver le GRAND supermarché des frères Tang ! Près de la place d’Italie, on tombe facilement sur la version petit format, Tang Frères 2. Ne vous laissez pas avoir !

Car cette version paraît édulcorée à côté du magasin originel, tentaculaire, qui vous envoie directement en terres inconnues. Mais pour cela, il ne faut pas se contenter de « frôler » le quartier chinois en pénétrant chez Tang Frères 2. Laissez-le sur votre route, chevauchez votre plus beau vélib’ et poursuivez sur l’avenue de Choisy, loin, loin dans le 13e. Puis bifurquez rue de la Vistule pour atterrir avenue d’Ivry. Vous y voilà… Attention, il y a encore un piège : derrière ce tableau de petites annonces, un autre petit Tang frères (les fourbes !)

Ignorez-le de votre plus belle moue, et tel le fin connaisseur, parcourez une dizaine de mètres, passez le portail, puis pénétrez dans l’antre originel. Celui qui vous perdra.

Conseil number one : jamais tu ne viendras sans ta petite liste de courses. Sans ça, la frustration risque de faire capoter toute l’opération ! Comment choisir, comment cuisiner ces produits que l’on n’a pas l’habitude de côtoyer ? Nous, on a opté pour les recettes de Bo bun et de nems, et tout acheté en conséquence. Du coup, ça pose un peu les choses et l’on sait mieux vers quoi se tourner (quoique, on peut malgré tout tourner sur soi-même un moment).

Conseil number two : vas-y lecteur, lâche-toi ! Ce n’est pas parce qu’on vient avec une liste d’ingrédients à trouver qu’il faut la respecter au pied de la lettre ! Envie de goûter ces petits pois secs au wasabi ? Vas-y ! (c’est trop bon !) Envie de tester -quelle folie- les petits anchois secs assaisonnés aux herbes ? Fais-toi plaisir ! Les rayons de soupes individuelles à 40 centimes, à l’entrée, sont une autre grosse source de dilemme : comment choisir ??? L’instinct, y’a que ça qui peut vous aider je crois.

Une bonne touche d’exotisme en plein Paris, l’occasion de tester des recettes originales, de découvrir un quartier, les Olympiades, qui ne ressemble en rien au Paris Haussmannien : les raisons de fréquenter Tang Frères ne manquent pas. En plus, les prix sont franchement bas.

Truc utile : Pour des recettes asiatiques faciles à réaliser et -ce qui ne gâche rien- très bonnes à déguster, je vous conseille les Basiques de la cuisine asiatique, paru dans la collection Marabout. Un très chouette livre !

Supplément crânerie : En fait, l’affaire n’est pas du tout tenue par les frères Tang… mais par les frères Rattanavan, ils sont deux et s’appellent Bou et Bounmy. Ces deux hommes, chinois, sont originaires du Laos. Aujourd’hui, en plus des supermarchés, ils proposent une chaîne « Tang Gourmet », sorte de Mc Do chinois sous forme de self, et aussi un bouquet satellite de télés chinoises qui se nomme « La Grande Muraille ».

C’est un tout petit coin où personne ne passe jamais, alors que la foule se presse tout autour, notamment aux Halles et au Centre Pompidou : le Quartier de l’Horloge a raté sa vocation.

Lorsque les quartiers des Halles et de Beaubourg sont complètement rénovés dans les années 1970, les décideurs tirent des plans sur la comète : les Halles se veulent novatrices (fail), le Centre Pompidou compte au final autant d’admirateurs que de détracteurs, et le quartier de l’Horloge, avec ses logements neufs où vérandas et balcons sont sensés enjoliver la vie des habitants, devait attirer les boutiques luxueuses dans son passage, et donc le chaland. Bref, l’endroit se voulait « zen et branché ». Disons que les concepteurs n’avaient pas vraiment anticipé l’engouement que susciterait le Centre Pompidou, autrement dit la venue quotidienne de hordes de touristes pas toujours zen, ni forcément axés branchitude.

Et donc, le quartier est… raté. Il n’y a pas un chat dans ce tout petit coin. Au point que le Passage de l’Horloge, dont il reste un résidu à l’entrée de cet immeuble et de l’autre côté de la rue, a complètement disparu, gobé par un improbable Leroy Merlin. Le coin se défraîchit peu à peu, même l’automate a arrêté de se battre.

Dans sa jeunesse, le bonhomme dégainait son épée toutes les heures pour se battre tour à tour avec le dragon, l’oiseau et le crabe, puis combattait les trois à midi et à 18h pile. Dommage, quand l’automatisme a rendu l’âme, personne n’a cherché à le réparer. Pourtant, l’œuvre réalisée par Jacques Monestier ne date que de 1979, ça ne doit pas être sorcier à dépanner, non ? La raison de cet abandon réside certainement dans le fait que ce quartier est… privé. Etrange choix fait au départ que de privatiser une zone ouverte au public. Peut-être que les premiers propriétaires se voyaient déjà à la tête d’un trésor issu des baux commerciaux du passage de l’Horloge ? Reste qu’aujourd’hui, hormis une librairie spécialisée dans la BD, on y trouve surtout des pizza-coco et autres photocopieurs professionnels.

D’où la dégradation du quartier… beaucoup de propriétaires ont revendu leur bien pour échapper à des charges de copropriété astronomiques. Aujourd’hui, les habitants tentent de rendre cet espace public en négociant avec la ville de Paris.

Supplément crânerie : avant sa destruction pour insalubrité en 1966, ce petit quartier était le repère de nombreuses boutiques de bonneterie et de merceries. (ça vous épate hein ?)

Si vos origines campagnardes et l’air chargé de méthane vous manquent, courrez-y. Pour le non-professionnel, le Salon de l’agriculture s’apparente à un immense parc d’attractions pour adultes : concours de beauté pour vaches, cochons et autres moutons, des milliers de mètres carrés de stands exposant les meilleurs produits et vins français, et des régions qui cherchent à se vendre à tout prix, en organisant par exemple des jeux de l’oie où il faut récolter les indices pour gagner un cadeau. Le tout parsemé de dégustations gratuites, de cours sur la bière, le vin, la saucisse de Morteau etc.

On y admire les plus beaux spécimens français et étrangers, des vaches de plus de 1200 kg, des taureaux et des moutons couillus comme on n’aurait jamais cru (avec la laine jusque là, pour les moutons : on les tond ici aussi ?), et des éleveurs des plus attentionnés…

…qui étanchent la soif de leurs vaches au coca (si si, pour de vrai)…

…pendant que les copines se gaussent d’être exposées juste devant le stand Mc Donald’s, qui à défaut d’oser vendre des hamburgers au sein des producteurs et éleveurs français, arbore juste des pommes et des tomates-cerises pour vanter les qualités nutritionnelles de ses menus. Véridique, encore une fois.

Une humeur bon enfant chez les visiteurs comme chez les exploitants agricoles, qui masque bien au chaland le malaise de la profession… Qui d’entre-nous, aujourd’hui, accepterait de se lever à 5h tous les jours pour traire les vaches, n’avoir aucun week-end parce qu’une vache ça ne s’arrête pas de produire ou de manger le dimanche, et s’octroyer haut la main deux semaines de vacances à tout casser quand on trouve un collègue pour s’occuper du cheptel ? Et pour ça, gagner bien moins que le smic horaire (en faisant 15h par jour). Travailler plus pour quoi déjà ?

Supplément crânerie : Aïda, la vache dont on voit le museau humide en gros plan sur les affiches dans tout Paris, a été soigneusement préparée à sa venue en tant que « guest star » pour l’édition 2010. Son propriétaire l’a habituée au bruit pendant trois semaines, en la faisant vivre avec la radio à fond, bloquée sur les commentaires de foot ! Avec un nom pareil on se serait attendu à ce qu’elle écoute du Verdi, pourtant !

Renseignements : www.salonagriculture.com

(photos signées de l’illustre créateur de mille choses à Londres, Fabien Benoit)

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