Héééé oui. Ce blog est aussi triste et morne qu’un long hiver tout gris sur la plaine de Paris. Alors histoire de se faire frissonner la rétine, on va chausser nos plus belles lunettes de cagole parisienne, ajuster son slim et ses Louboutins, ressortir le petit top à paillettes du jour de l’an quitte à se peler le miches, recouvrir ses épaules d’une veste en cuir chic-tellement-chic-le-cuir, puis on va s’en aller tortiller du déhanchoir à Passy.

Dans nos rêves les plus fous, avec le soleil : dégaine l’appli éventail sur ton iPhone à strass, bébé !

Tout commence avec le joli parc de Passy, celui qui est entouré d’appartements hypra-modernes avec de larges terrasses que même dans nos rêves les plus fous, on sait qu’on n’y accédera jamais. Calme, fleuri, avec des allées bordées de bancs occupées par les nounous du quartier en charge de futurs énarques, médecins ou autres cadres supérieurs en culottes courtes. Après ce passage dans ce havre de paix, direction la rue Berton, connue pour avoir hébergé Balzac.

La rue se camoufle bien, ne la manquez pas ! Les pavés absolument inadaptés au port de talons (navrée, mais faut mériter son statut) vous guideront devant la jolie maison verte, que vous verrez bien mieux un peu plus tard en rejoignant la rue Raynouard. Mais ce passage rue Berton vous permettra de remarquer que l’Honoré disposait d’un portail en bas, et d’un autre en haut de la propriété. Car l’écrivain n’était pas du genre à faire copain-copain avec les inspecteurs des impôts et autres créanciers auprès de qui il était endetté. Du coup, si l’on sonnait d’un côté… il s’échappait de l’autre.

Toujours sur la rue Berton (oui oui, avant de rejoindre la rue Raynouard, si vous êtes perdus référez-vous à la carte en bas de ce post : youpi, un itinéraire est tracé !), donc je disais : toujours sur la rue Berton, vous croiserez également le cabinet d’architecture des frères Perret, reconnaissable à cette grande baie vitrée. Les frères Perret sont à l’origine des premiers édifices en béton armé dans la capitale. Un jour, peut-être, y’aura t’il un post sur l’une de leurs oeuvre (le pire, c’est que j’ai déjà ça en stock).

Hop hop hop ! Sautillez gaiement sur vos escarpins en tachant d’éviter la grimace, et depuis la rue Raynouard, piquez rue Chernoviz en direction de la fantastique, sublimissime rue de Passy ! Au passage, ne manquez pas de lever les yeux pour observer cette série d’immeubles Art-déco, avec coupoles et autres ornements qui peuplent le quartier. Et c’est maintenant que votre talent doit atteindre son apogée. La démarche lascive, les lunettes de mouche délicatement déposées sur l’extrême bout du nez, la moue boudeuse, léchez les vitrines (au sens figuré, hein). Et ne manquez pas au passage cette toute petite impasse absolument magnifique :


A vous de trouver où elle se trouve sur le parcours… puis reprenez votre lèche-vitrine en direction de la place de Costa Rica. C’est ici que cette courte balade s’achève, non sans rester un moment circonspect devant la coupole qui se dresse en face de la rue de Passy :

Mais pourquoi diable faire un micro-observatoire au sommet ??? (si c’est un observatoire, ce n’est qu’une supputation) Si quelqu’un a la réponse, je lui décerne la palme du meilleur supplément crânerie !

En attendant… un *autre* Supplément crânerie : Passy a longtemps attiré les foules pour ses thermes. Jusqu’au début du XXe siècle, beaucoup se rendaient dans ce village qui n’était pas encore annexé à Paris pour son eau ferrugineuse, qui avait la réputation de guérir l’anémie. Lavoisier, Franklin, Boileau (ah ah, Bois-l’eau. ah ah.) étaient de ceux-là, et l’on vendait même cette eau en bouteille chez certains apothicaires ! Il reste aujourd’hui une fontaine, elle se trouve plus au nord dans le square Lamartine et voit encore défiler de nombreux habitués.

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Nous inaugurons avec ce 51ème post une nouvelle catégorie d’article ! De ci de là, je vous parlerai de livres sur Paris qui méritent le détour, et vous retrouverez le dernier livre en ligne dans la colonne de gauche (mais quelle organisation de folie, dites-moi !)

Pour le premier, parlons du métro.

Le Mé-tro.

Ces multitudes de chenilles qui comme les taupes, sont capables de vivre sous terre et de se mouvoir sans jamais se cogner sauf lorsqu’un malheureux prend la bête aveugle au dépourvu.

Ce truc aux odeurs douteuses qui nous fait parfois tordre le nez et prendre un air pincé de vieille mégère, surtout sur la rutilante ligne 14.

Ce machin dont on aimerait parfois tant se passer, mais qui reste incontournable.

Bref, ce truc chiant du quotidien.

Chiant comme ces gens qui nous agacent et dont on sait, au fond, que sans eux la vie ne serait pas pareille. Même moins bien, allez, lâchons-le.

Parce qu’à force de s’en plaindre, de cet affreux machin, on finit par oublier ce qu’il nous apporte ! Alors oui, oui, le Vélib’ c’est bien beau, mais quand il faut gravir Montmartre ou les Buttes Chaumont, ça ma p’tite dame y’a plus un chat, tiens ! Y’a qu’à r’garder l’état des stations au sommet : désertes, nibe, pas un carrosse à deux roues ! Alors que les bouches de métro elles, elles dégueulent du passager en veux tu en voilà ! Et ça fait bien plus de 100 ans que c’est comme ça !

Imaginez un peu, un monde sans métro. On ne serait pas parisien, on serait « de Montmartre », « du Marais », « de St Germain » : autrement dit, on ne sortirait pas de notre pâté d’immeubles. C’est ce que raconte Grégoire Thonnat, l’auteur de ce très chouette ouvrage : « Pour moi la carte Orange ça a été une véritable révolution, les jours libres, je pouvais me rendre où je voulais dans Paris, visiter, c’est ce qui m’a ouvert ! » Et même que cette fabuleuse liberté qui prend aujourd’hui la forme d’un petit bout de plastique à biper aux portiques l’a littéralement propulsé dans cette passion singulière qu’est la collecte minutieuse des éléments de la vie du métro parisien.

Un livre en forme de ticket de métro, quand même plus grand et plus épais, mais avec sa bande magnétique ! L’histoire démarre avec l’épopée du lancement de la première ligne, lors de l’Exposition universelle de 1900, et retrace ainsi, à l’aide de courts textes, l’évolution de ce moyen de transport fabuleux (si si, vous en êtes convaincus, à ce stade du texte !). Grégoire Thonnat a réussi à réunir une quantité impressionnante de vieux tickets de toutes les époques, a retrouvé des cartes postales où se dresse notamment fièrement la station de métro Bastille, à l’époque où elle prenait la forme d’une majestueuse pagode (quel dommage qu’elle ait disparu…). On y découvre que l’enterrement de la 1ère classe ne remonte qu’à 1991 et comment ce petit bout de carton qu’est le ticket de métro inspire bien des artistes.

Un très chouette ouvrage qui permet -aussi ! de se remémorer les fantastiques pubs cul-cul de l’époque du « ticket chic, ticket choc ! »

Petite Histoire du Ticket de métro parisien, Grégoire Thonnat, Editions Télémaque, 19,90€

 

 

 

Encore une adresse tout au bout du monde ! Euh… de Paris !

Mais ce petit coin de paradis vaut bien le détour. Il s’agit de la Cité Florale dans le 13e arrondissement, un petit îlot à quelques pâtés du parc Montsouris, collé à la place de Rungis.

Ce tout petit quartier a plus que des airs de village… pas de voitures, des placettes, des pavés et des vélos accrochés aux grilles, plus quelques gamins qui tapent le ballon au milieu de la rue.

Le nom des rues est digne du guide Truffaut du parfait jardinier : rue des Liserons, des Glycines, des Volubilis, des Orchidées, des Iris…

Mais alors… pourquoi ces maisonnettes et cette verdure ici, précisément ? S’interrogeront les p’tits futés. Eh bien parce qu’ils ne pouvaient pas construire des bâtiments lourds sur ce triangle, pardi ! Sinon, on aurait encore eu droit à de l’immeuble en brique, art-déco ou les deux, comme ça se faisait dans le quartier dans les années 1920. En fait, ce triangle se situe sur un méandre de la Bièvre, une rivière qui rejoignait la Seine avant qu’on ne lui construise un passage souterrain. Lorsque cette zone a été remblayée, seules des constructions légères pouvaient être supportées, on était en 1928.

C’est beau hein… Allez, consolez-vous : le métro est suuuper loin, ça vaudrait vraiment pas le coup de vivre là bas ! (on y croit)

Supplément crânerie : Ces anciens prés inondés par la Bièvre étaient complètement gelés en hiver. Du coup, les habitants récoltaient la glace pour la vendre dans les quartiers huppés… D’où le nom du quartier « Glacière », et de la station de métro !

Alors oui, je le conçois, c’est rageant. D’une, elle ne met pas son blog à jour pendant deeees semaines, et bien sûr les semaines les plus ensoleillées de l’année, et de deux, quand elle revient, c’est pour exhiber un mec en slip qui se dore la pilule sous le soleil d’octobre. Vous l’apprenez peut-être mais oui et re-oui, la vie est in-juste.

Il n’empêche. Une balade dans le parc Georges Brassens, tout là-bas là-bas perdu au fond du 15e, ça vaut le détour. Déjà, parce qu’on peut y admirer des maillots de bains rigolos. Mais aussi parce que l’étang, la fontaine, les jeux, le jardin, l’ancienne halle aux chevaux… tout cela vaut le détour.

Ce parc a été aménagé au sur l’ancien emplacement des abattoirs de Vaugirard, où des bêtes furent décanillées durant 80 ans -jusque dans les années 1970. Et auparavant, il y avait là des vignes de pinot noir. D’ailleurs, si vous cherchez bien, vous trouverez un petit lopin de terre où les élèves des écoles du coin viennent vendanger à l’automne. Il font même plus que ça : ces petits veinards peuvent observer les ruches qui se cachent dans un recoin. Les adultes eux, doivent attendre la fête du miel pour visiter le rucher, elle a généralement lieu le premier ou le deuxième week-end d’octobre.

Ce qui est génial dans ce parc, c’est qu’il y en a pour tous les goûts : des super jeux pour les petits, des aires de pique-nique en veux-tu en voilà, une colline artificielle pour jouer aux grimpeurs, et même un jardin des senteurs où poussent des herbes aromatiques et une roseraie. Pour ces deux dernières attractions, mieux vaut repasser en été (ô monde cruel).


Bref, les animations ne manquent pas dans le quartier, et figurez-vous… que ce n’est pas fini ! Parce qu’au niveau des anciennes halles du marché aux chevaux, vous trouverez tous les week-ends des marchands de livres grâce à qui vous pourrez compléter votre collection d’Harlequins Madame, votre collection de SAS Monsieur (j’aime les clichés, et en fait il y a bien mieux que ça sur les étals).

Et vraiment, ce parc est un endroit idéal pour y passer un chouette dimanche (d’autant plus qu’il y a des petits bistroquets qui ont l’air bien sympas autour).

Supplément crânerie : Posez la question, nonchalamment, à vos interlocuteurs… « mmm… et toi, tu savais qu’il y avait un phare à Paris ? mmmoui oui, un phare pour les bateaux… » Non, ceci n’est pas un plan afin de vous ridiculiser auprès de vos amis ! Emmenez-les jusqu’au bout de la rue des Morillons, au niveau des rails du train (zoomez sur la carte là-dessous pour visualiser) Vous tomberez sur… ça !

Supplément crânerie bis (n’en jetez plus) : Et vous savez quelle célèbre institution a élu domicile au 36 rue des Morillons ? Le service des Objets trouvés ! Il paraît que Karl Zéro, Aimé Jacquet et Richard Bohringer sont des étourdis habitués des lieux… Une autre personnalité porte certainement ce service un peu désuet dans son coeur… un homme trouva un jour dans la rue un petit calepin rempli de notes, de poèmes, d’idées… Après l’avoir feuilleté, il se dit qu’il avait l’air sacrément précieux et le déposa aux Objets trouvés. Quelques jours après, ce monsieur appela le service : « ça y est, je sais à qui appartient le carnet ! Hier j’ai vu l’acteur Didier Bourdon à la télé, et il racontait le scénario sur lequel il travaillait : c’était exactement ce que j’ai lu dans le carnet ! » En effet, Didier Bourdon en était bien le propriétaire… Il fut fort ému de retrouver ce petit calepin tout corné qui le suivait depuis des années !

Combien, parmi vous, sont des gourmands invétérés ? Et combien, parmi vous, aiment les soirées que l’on passe à discuter, à s’échanger des plans (en l’occurrence ici, des recettes), à boire du bon vin et à rire ? Et si en plus avec tout cela, on fait de nouvelles rencontres… qui dirait non à une proposition pareille !

J’ai découvert cette toute petite épicerie à deux pas de chez moi : rue Pascal à Paris, Levant & Co est le nom de cette boutique d’à peine 35m² (et demi) où un couple Turc fait découvrir des produits importés du pays. Chaque semaine, le menu du midi est envoyé aux abonnés par mail : les trois-quatre tables de l’épicerie s’emplissent avec des habitués (notamment de la rédaction du Monde), créant ainsi un mouvement permanent dans un lieu qui aurait pu être figé sans l’inventivité de ses propriétaires. Parce qu’ils sont malins, en plus d’être adorables !

Car non seulement ils font cantine le midi, non seulement ils vendent des produits du terroir, mais le jeudi soir, ils organisent de ces gueuletons ! Bon… normalement, on n’appelle pas ça comme ça. Mais un endroit où on boit du bon vin sans se sentir rationné, où l’on déguste de délicieux mets, où l’on chante, où l’on rit, vous appelez ça comment ? Un repère à gueuleton, c’est tout ! Mais attention, raffiné le gueuleton, hein ! C’est vous qui allez préparer votre repas. Autour de la table, environ 8 participants. Au bout, le chef, qui répartit les légumes et vous laisse les couper. Si la recette vous intéresse, pensez à embarquer un stylo et un calepin : ici, vous ne repartirez pas avec la recette photocopiée !

Autour des fourneaux, le couple qui tient les murs : les Levent (d’où le nom de la boutique !). Ils accompagnent nos gestes pour former la petite omelette de Pâques, et leur ami qui lui, tient en temps normal la boutique de restauration de luminaires à quelques encablures de là (Lumière de l’Oeil), porte le tablier pour la soirée : ce sont ses recettes que l’on va tester, donc à tendance arménienne ! Au menu, hormis l’omelette composée de ciboule, d’aneth, d’oignon cuit et autres pignons de pin, nous testerons le topik : des pois chiches en purée étalés pour former une enveloppe, dans laquelle est glissée une délicieuse crème de sésame. Avec quelques saucisses, un peu de riz et une salade fraîche (sans compter les fromages frais), votre repas est fait !

Et alors qu’il est déjà plus de 23h, que vous n’avez pas vu le temps filer, vous prenez soudain conscience que ce tout petit endroit cache un… piano ! Messieurs Ara et Levent tombent le tablier, s’installent, et ô magie, l’une des participantes américaine dévoile une voix sublime et connaît toutes les paroles… magie de l’inattendu, on se laisse emporter…

Et vous savez quoi ? Le vin turc, blanc ou rouge, est une vraie découverte…

Trucs utiles : 35€ la soirée, à ce prix-là ne vous privez pas ! Levant & Co c’est au 24 rue Pascal (01 43 31 83 75) www.levant-co.com (et ceci n’est pas un post sponsorisé -ça n’existe pas par ici- c’est juste une soirée que j’ai adorée !)

C’est un véritable pan de l’Histoire de France qui se cache dans cette petite jungle tout à l’Est du parc de Vincennes. Collé contre Nogent sur Marne, le Jardin Tropical ne fait rien pour se rappeler au bon souvenir des passants. Discret, peu mis en valeur, ses friches laissent l’esprit vagabonder dans les décennies pour imaginer 1907.

1907, année de l’exposition coloniale : le jardin et ses quelques 4,8 hectares, qui servait jusqu’ici à améliorer la productivité des bananiers, caféiers et autres arbres à caoutchouc de nos colonies, devient un véritable parc d’attraction.

Six villages sont reconstitués : non pas Fantasyland, Discoveryland, Adventureland et Frontierland comme à Disney bien que cela y ressemblât cruellement, mais un campement Touareg, une ferme soudanaise, des villages indochinois, malgache, congolais et de l’ethnie Kanak de Nouvelle Calédonie prennent place dans le parc. Pour que tout cela fasse plus « vrai », des hommes de chaque ethnie furent directement importés des colonies pour jouer leur propre rôle devant les 2 millions de visiteurs qui viendraient les scruter comme on le fait aujourd’hui des singes en cage au zoo.

Gros succès à l’époque… mais aujourd’hui, le pays semble quelque peu gêné aux entournures de ce passé plus si glorieux, vu d’ici.

Hormis quelques bambouseraies, les plantations exotiques ont toutes disparu pour laisser place à une végétation locale plus classique. Mais quelques statues ont traversé le siècle sans trop de difficulté et ne se lassent pas de surprendre les visiteurs qui ont réinvesti les lieux depuis 2005.

Pour autant, la majorité des pavillons construits à l’époque sont en ruine (sauf le pavillon Indochinois qui a eu droit à quelques retouches), et les serres maintiennent au chaud les racines de quelques noisetiers qui ont trouvé l’endroit à leur goût, quitte à traverser les verrières pour s’étendre !

Supplément crânerie : Après l’expo coloniale, le site est resté sur sa lancée puisque durant la 1ère Guerre Mondiale, il fut transformé en hôpital pour les troupes coloniales. Pour ne pas encombrer les hôpitaux destinés aux « vrais » français ? (tiens tiens, ça me rappelle le discours politique actuel… à peine transposé !)

Truc utile : l’entrée se situe au 45 bis avenue de la Belle Gabrielle. Si vous arrivez par le métro, sachez qu’il faut environ 30 minutes de marche pour atteindre l’entrée du Jardin tropical depuis la station Château de Vincennes. Idéal pour un petit pique-nique d’été !

De l’extérieur, tout semble calme, paisible. On entend bien certains glisser « j’ai pris un peu de riz, et une bouteille d’eau », mais on ne se doute pas.

Dans la file d’attente, les gens sourient, papotent, rient de ce qui les attend, innocemment. Puis soudain, l’effroyable cri. Une mégère à la perruque peroxydée d’au moins 22 ans et demi hurle de toutes ses forces les consignes, c’est la cohue. Mais encore rien au regard de ce qui nous attend dans les entrailles du Studio Galande.

La salle est toute petite, et à peine entrés, on flaire le danger. Pourquoi ces toiles tirées sur les murs, cet écran protégé par une grande bâche blanche ? Prudents, nous nous installons vers le fond. La mégère revient, hurle ses ordres maintenant accompagnée de 5 ou 6 camarades de jeu. Les règles sont données, la messe est dite : les places du fond ne sont pas forcément les meilleures. Vous avez déjà vu le Rocky Horror Picture Show ? Vous vous souvenez des scènes de mariage ? Eh bien le riz… voilà voilà, c’est bien pour ça. Qui dit mariage dit bonheur, et surtout, lâcher de riz derrière soi dans la salle. Et sinon, vous vous souvenez des scènes d’orage dans le film ? Voilà voilà, la bouteille d’eau… la pluie… derrière soi… les places du fond… voilà voilà. Le riz, l’eau. Voilà voilà.

Et sinon, vous veniez parce que vous aviez aimé le film ? Laissez tomber, on ne vient pas au studio Galande pour VOIR le Rocky Horror, on vient pour ce qu’en font les comédiens ! Le film est un support qu’ils détournent, falsifient, condensent, reproduisent (au sens biblique du terme), et si possible avec des membres du public :

(la demoiselle prête à gober les mouches n’est PAS une comédienne…) Ah oui, et donc, les places de devant… sont aussi exposées à d’autres sortes de risques ! Parce que vous croyez qu’elle fait quoi, là, la comédienne à droite de l’image ? Qu’elle raconte une blague à un des spectateurs ? Eh bien en tous cas il a du l’apprécier de très près, la blague !!!

Et parfois, il leur manque un comédien pour la soirée. Pas grave, ils piochent dans le public ! Vous êtes prévenus, mais ce qu’on peut vous assurer, c’est que la crise de rire est bel et bien là quand on est « immergé » et face à ces fous qui osent tout !

Truc utile : Pour réserver sa place (8€ sans compter le pourboire à donner à la fin aux comédiens amateurs), direction Allociné. Pour plus d’info sur ces folles soirées, direction le studio Galande ! Sachez également que deux troupes différentes jouent chacune leur propre version les vendredi et samedi soir, à 22h10. A vous de décider à laquelle assister !

Supplément crânerie : Si le film n’a eu que peu de succès en 1975 à sa sortie, il s’est bien rattrapé avec le temps…  Pour le rentabiliser, il fut redistribué dans un premier temps à New-York à minuit. Des fans inconditionnels commencèrent à assister religieusement aux séances, puis à s’approprier le film en inventant des dialogues alternatifs à ceux qu’ils connaissaient déjà par coeur… Bien sûr, ces nouveaux dialogues avaient surtout une connotation sexuelle ! Et puis ils se mirent à danser, chanter sur les chansons, jusqu’à ce que ces séances deviennent de véritables rituels avec certains qui en plus du riz et de l’eau, se mirent à brasser un journal pour reproduire le bruit de l’orage, à brandir un drapeau écossais à chaque « Great Scott ! » ou à dégainer un pistolet à eau… Bref, le mythe du Rocky Horror était né, et 35 ans après, des comédiens offrent leur version trash du film un peu partout dans le monde ! Une expérience à vivre… par temps chaud 🙂

Ils sont beaux, ils sont nombreux, ils s’amusent, et ils revendiquent. Long cortège qui traverse Paris, la Marche des fiertés est l’occasion de rappeler qu’on n’est pas vraiment tous égaux sur le plan des droits.

Alors pour une journée on fait comme si, on se tient par la main en public, on revêt des vêtements loufoques, on se plante une plume dans le c*l pour rire (jaune ?) de l’image que certains ont encore des homosexuels…

…et on réclame des droits. Le droit au mariage, à se tenir la main dans la rue, à avoir des enfants (il y en a vraiment qui font *encore* l’amalgame entre homosexualité et pédophilie ? Mais dans quel siècle êtes-vous resté bloqué ???).

Dans le cortège, beaucoup d’homos, des hétéro « gay-friendly » qui viennent soutenir la cause, des parents qui défendent le droit de leurs enfants homo, des parents qui ont fondé une famille dans l’illégalité, en optant pour une insémination à Bruxelles ou pour un projet de coparentalité avec un ami proche, et qui demandent à avoir un statut de parent légal. Et aussi des jeunes, venus pour profiter de l’ambiance, de la fête sans vraiment se poser de question sur le fond des revendications.

Maintenant il faudra attendre un an avant de pouvoir profiter de la prochaine… mais en attendant, vous pouvez toujours écouter France Inter le samedi soir à 21h pendant l’été si le sujet vous intéresse ! « Je t’aime pareil » traite de l’homosexualité en France en 2010, pour comprendre les blocages, les avancées de ces dernières années. Quoi, je me fais de la pub ? C’est mon blog, je fais bien ce que je veux… 😉

Supplément crânerie : Pourquoi Marche des fiertés ? Ne tombez pas dans le panneau, « fierté » ne signifie pas « je suis fier d’être homosexuel », ce serait aussi ridicule qu’être fier d’être hétéro, noir ou blanc… Non, fier dans le sens « je suis fier d’assumer ma différence et d’oser vivre au grand jour avec ».

Le site de la Marche des fiertés : http://marche.inter-lgbt.org/

On est d’accord. Le bateau-mouche, ça fait pas rêver. Mais un jour de beau temps (mmm… désolée d’évoquer cette époque révolue), avec un tout petit débardeur à bretelles très fines et un tube de monoï, on peut y trouver un avantage.

Autre avantage ? Celui d’apprendre à décrypter environ 4 autres langues après les commentaires en français. Oui, parce qu’il s’agit bien d’un enregistrement sans charme ni saveur en 5 exemplaires qui est balancé aux touristes par des hauts-parleurs mal réglés. Bon, une leçon de linguistique à 10€ de l’heure avec vue mouvante sur Paris, dit comme ça, ça en jette carrément plus !

Autant une visite sur la Tamise à Londres permet vraiment d’admirer les bâtiments historiques et d’apprécier la vue, autant, depuis la Seine, on voit tout un peu moins bien. Par exemple ici… la place de la Concorde. C’est bête, hein.

Il reste tout de même ces petits bouts de quai où viennent s’étendre les parisiens en quête effrénée de vitamine D. C’est bien la seule chose un peu originale que vous pourrez capter. Parce que bien souvent… la vue d’un bâtiment historique ressemblera à ça :

Mauvaise langue, moi ? Si peu… Allez, au moins un point de vue qui valait son pesant de touristes aux yeux bridés :

Supplément crânerie (tout ça pour ça…) : Savez-vous pourquoi les Bateaux Mouches se nomment ainsi ? Parce qu’il furent bâtis par un constructeur naval basé à Lyon, dans… le quartier de la Mouche ! Et pour promouvoir ses rutilants promène-touristes en 1950, Jean Bruel, à l’origine de l’activité, inventa un personnage : Jean-Sébastien Mouche, qu’il présenta comme le concepteur des Bateaux Mouches…

On ne peut pas tout à fait s’autoproclamer Bobo Parisien si l’on n’est pas allé déjeuner au Marché des Enfants Rouges. Ça va faire des déçus, mais on n’a rien sans rien.

Parce que se rendre au Marché des Enfants Rouges le premier jour de grand beau temps, quand tout le monde a la même idée que soi, ça demande un flegme rehaussé d’un poil de naïveté béate : En attendant de trouver une table qui se libère, il faut avoir de la ressource pour s’étonner et se réétonner (et se reréétonner) devant tous les stands.

A vrai dire, ce n’est pas trop dur… Et puis c’est plutôt sympa et bon enfant (ah ah) comme ambiance. On est quand même dans une place historique de Paris ! Le marché est le plus vieux de la capitale, il date de 1615. Au départ, il avait plutôt un air de ferme avec sa halle en bois, son puits et son étable, mais il a bien soulagé les habitants du quartier. Car au XVIe siècle, la ville s’arrête aux environs de la place de la République. La croissance démographique est forte, les maisons se mettent à pousser comme des champignons dans ce qui est aujourd’hui le Marais. Du coup, il faut un marché pour alimenter la population : c’est Louis XIII qui en prend l’initiative.

Aujourd’hui, point d’étable ni de puits, mais des marchands de légumes, de poisson, de photos anciennes, de fleurs, des bouchers… et beaucoup de petits restaurateurs de tous horizons : libanais, italien, marocain, afro-antillais et d’autres encore, sans compter l’Estaminet, le seul restau « en dur » du marché.

Ne vous arrêtez pas aux grilles que vous pouvez croisez dans ces lieux : en passant derrière et en fouillant un peu, vous trouverez un tout petit square avec quelques jeux d’enfants, et surtout un magnifique jardin associatif, tenu par des habitants du quartier. Loin du brouhaha du marché alors qu’ils sont pourtant à quelques mètres des premières tables, ces sacrés chanceux s’organisent des pique-nique entre collègues d’arrosoirs et accueillent volontiers le curieux qui désire jeter un œil à leurs magnifiques plantations.

Il y a un ou deux siècles, à la place du potager, il y avait une « vacherie » qu’on appelait aussi « Laiterie des Enfants Rouges » : les 12 vaches qui vivaient ici avaient la lourde tâche de procurer du lait à tout le quartier. Cette vacherie a existé jusqu’en 1914, avant d’être transformée bien des années plus tard en petit paradis pour Parisien en manque de verdure.

Y’a pas à dire, ils méritent vraiment le titre de « Bobos en chef ». Mes deux bacs à fleurs sur le rebord de la fenêtre m’ont fait pitié, d’un coup.

Et si le Marché des Enfants Rouges a fermé pendant 6 ans avant d’être rouvert en 2000, on peut dire que sa réhabilitation est plutôt réussie : bravo aux habitants du quartier qui ont milité pour ça…

Truc utile : Le marché se trouve très exactement au 39 rue de Bretagne ; il est ouvert du mardi au jeudi de 9h à 14h et de 16h à 20h, les vendredi et samedi de 9h à 20h, et le dimanche de 9h à 14h.

Supplément crânerie : Au départ, il s’appelait « Le Petit Marché du Marais », mais comme il grossit sous l’effet de la demande, le terme « petit » dégage fissa pour laisser place au « Marché du Marais du Temple ». C’est au XVIIIe siècle que les halles deviennent le « Marché des Enfants Rouges », en souvenir d’un orphelinat proche qui recueillait les enfants trouvés. Les gamins, pour qu’on les reconnaisse et en signe de charité chrétienne, portaient des habits rouges…

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